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Créativité et Education

POESIS

En plus des facteurs biologiques et psychologique, l’environnement a une grande importance dans le développement de la créativité chez les enfants. Dans cet article nous nous intéresserons à l’impact de l’éducation sur la créativité.

24 novembre 2016
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L’environnement et l’éducation ont une grande importance dans le développement de la créativité chez les enfants influencent l’adulte créatif qu’ils seront.

Tous les enfants sont des artistes. L’enjeu est de le rester en grandissant.

Pablo Picasso

Jusqu’à l’adolescence, l’enfant est un explorateur et un inventeur en puissance. Ses créations sont banales, éphémères et n’ont guère de signification mais l’exploration par le jeu occupe une large place dans son esprit et fait partie de son développement. La créativité est l’extension, dans la vie adulte des qualités vitales d’exploration et d’inventivité de l’enfance.

Torrance (1968) a observé des déclins de la créativité chez les enfants vers 5 ans, 9 ans et 13 ans. Ces déclins correspondraient à l’évolution des enfants dans les échelons système scolaire. Il faut cependant nuancer ces résultats car cette étude n’a pas été poursuivie et l’échantillon était limité. Reste que le niveau de créativité que nous atteignons en tant qu’adultes varie de façon spectaculaire d’un individu à l’autre.

L’Art devrait peut etre ressembler a cela, se disait-il parfois, une activite innocente et joyeuse, presque animale, il y avait eu des opinions dans ce sens « bete comme un vrai peintre », « il peint comme l’oiseau qui chante » et ainsi de suite…

Michel Houellebecq, La carte et le territoire

 

Dans un occident en paix, les états et les villes agissent comme des parents gigantesques qui nous protègent et nous soignent. Compte tenu de ce niveau de sécurité et de l’énorme potentiel explorateur de notre cerveau, tous les citoyens devraient être des inventeurs en puissance. L’adulte, avec son expérience et son champ affectif étendu possède toutes les clefs de la créativité. Mais ayant perdu sa faculté d’exploration et n’osant plus faire de connexions entre des données jugées trop différentes il se contentera de savourer les inventions en seconde main.

 

Nous sommes paresseux et nous tombons facilement dans la sécurité des routines familières et éprouvées. Il faut que la situation de l’environnement nous paraisse rassurante pour que nous nous risquions à aller explorer plus en avant car l’exploration implique l’incertitude et l’incertitude fait peur. Comment a-t-on pu perdre le goût de créer ? Avançons quelques hypothèses pour expliquer ce renversement…

 

Décloisonner le savoir, faire des connexions entre des connaissances variées : c’est le cœur de la créativité.

 

L’école insiste sur la raison et la logique au détriment de la créativité. C’est le fameux modèle cognitiviste qui donne les bons et les mauvais points aux élèves. En grammaire, en maths ou en histoire, lorsque le prof pose une question il attend une réponse précise. La notion de faute, assortie de reproches et suivie d’une mauvaise note, fixe l’enfant à un idéal moral.

 

Ces « sets » dont il est difficile de s’affranchir, ont le mérite de produire des individus intelligents (capables d’accumuler des informations dans des domaines restreints et fixes) mais créent aussi une rigidité fonctionnelle (pas de mise en relation entre ces informations, pas d’éveil de la curiosité, rejet systématique de ce qui est jugé illogique, etc.).

 

Me basant sur ma propre expérience d’élève, j’ai l’impression d’avoir passé ma scolarité à apprendre. Apprendre à apprendre est nécessaire, mais la prédominance accordée à ce qui doit être appris et à la logique endort l’esprit imaginatif. J’imagine que si cette méthode a une place aussi importante dans l’éducation actuelle, c’est que des professionnels (beaucoup plus cultivés, sérieux et barbus que moi) ont des arguments convaincants.

 

Peut-être faut-il aller chercher du côté de la paresse, de la sociologie ou de la démographie pour expliquer le manque de souplesse du système éducatif. A l’inverse, des gourous de l’éducation ayant compris l’importance qu’il faut donner à l’imagination dans l’éducation croient qu’il suffit de prolonger les activités créatives de l’enfance. Ils traitent donc les ados comme des enfants attardés… Il est possible de s’arranger avec le système actuel, un enseignement de la raison est aussi nécessaire, la logique et la cohérence font partie du processus créatif. Ce n’est qu’une question d’équilibre.

 

Notre époque produit des esprits spécialisés dans des domaines très spécifiques, ce qui permet d’accumuler une immense quantité de savoir. Reste que la spécialisation et les frontières entre les différents domaines sont telles qu’il n’existe aucune mise en relation des connaissances. Cette mise en relation est le cœur de la créativité. Le manque de vision globale des choses limite l’individu dans ses raisonnements et dans sa spiritualité.

 

Robert Ornstein, professeur de Psychologie à l’université de Californie du Sud, avance que nous sommes devenu esclaves d’un seul hémisphère de notre cerveau (le gauche, celui de la logique et du langage) et que de la sorte nous supprimons la partie la plus joueuse et créative que nous portons tous (Cohen, h. 1992). L’enseignement et la société ont réussi à produire des esprits critiques : le prochain progrès serait de compléter la pensée critique par la pensée créative.

 

Cultiver une éducation teintée d’indépendence modérée

Nous faisons partie d’une société qui tend à condamner la différence d’autrui. La peur d’être trop différent ou en contradiction avec la pensée dominante est un frein car elle suppose le rejet, grande peur sociale de l’humain. Que nous le voulions ou non, nous sommes liés les uns aux autres et derrière la course au statut, à la consommation, se cache un grand besoin de faire partie du groupe, d’être reconnu et aimé. Dans la longue histoire de l’homme, et sous des conditions de vie plus précaires, le rejet et la solitude étaient liés à une mort assurée. Aujourd’hui, bien que symbolique, cette peur persiste, et la majorité des adultes éviteront instinctivement que leur enfant ne se différencie trop de ses semblables.

 

Si la spontanéité s’exprime sans censure et si elle est valorisée, la créativité deviendra une source de satisfaction. Cette sécurité psychologique est vitale pour le maintien de la vie créative à l’âge adulte.

 

Après un tel traitement des années durant, et si nous grandissons dans un environnement aussi rigide que l’école, imaginez dans quel état notre créativité et notre originalité entrent dans le monde adulte… Ce monde adulte dont les communications sont sommaires, les idées préconçues, le prêt-à-tout qui limite l’inventivité au quotidien. Résultat : des carrés sur pattes ! De purs produits conformes au système logique et restreint !

 

L’anthropologue Margaret Mead (1959) a affirmé que les cultures qui concèdent le plus de liberté et de spontanéité à ses enfants sont les cultures qui produisent le plus d’individus créatifs . Lorsque nous parlons de liberté pour l’enfant, nous parlons de liberté créative. Ne pas prendre au sérieux leurs dessins, en critiquer les couleurs ou les proportions sont des réactions qui ont de grandes conséquences dans leurs esprits. Une autre étude réalisée par Albert & Runco en 1989 ont lié la créativité à un niveau modéré d’indépendence des enfants. L’indépendance à l’age adulte est un des moteurs de la créativité.

 

A l’inverse, le désir de perfection des parents peut aussi se transformer en frein pour l’enfant.

 

Aussi libres et spontanés qu’ils sont, les enfants sont tout aussi sensibles au jugement et ils ne s’aventureront pas à renouveler une expérience qui a été vécue comme désagréable. Si leur spontanéité s’exprime sans censure et si elle est valorisée, ils feront de leur créativité une source de satisfaction. Cette sécurité psychologique est vitale pour le maintien de la vie créative.

 

Le poids du conformisme éducatif et sociétal qui s’accumule sur les épaules de l’enfant réduit donc la flamme de liberté et de spontanéité nécessaire à l’élan créateur. Peu d’entre eux réussiront à se créer un moi assez fort et flexible pour résister au conformisme extérieur.

Après avoir passé 27 ans en prison et avoir été élu en 1994 président de l’Afrique du sud, Nelson Mandela a partagé un de ses poèmes préférés, écrit par Marianne Williamson.

 

Remplacer « God » par « life ».

Our deepest fear is not that we are inadequate.
Our deepest fear is that we are powerful beyond measure.
It is our light, not our darkness
That most frightens us.
We ask ourselves
Who am I to be brilliant, gorgeous, talented, fabulous?
Actually, who are you not to be?
You are a child of God.
Your playing small
Does not serve the world.
There’s nothing enlightened about shrinking
So that other people won’t feel insecure around you.
We are all meant to shine,
As children do.
We were born to make manifest
The glory of God that is within us.
It’s not just in some of us;
It’s in everyone.
And as we let our own light shine,
We unconsciously give other people permission to do the same.
As we’re liberated from our own fear,
Our presence automatically liberates others.
Our Deepest Fear
By Marianne Williamson

 

Sources :

MORRIS – LANDAU.

The Cambridge Handbook of Creativity

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